LE MARCHÉ DES MONTRES DE COLLECTION  VU PAR ÉLIO GUÉRIN

Depuis 2017, Élio Guérin s’est fait un nom sur le marché des montres de collection. Appartenant à une nouvelle génération d’experts, il apporte un regard neuf sur ce métier, et une fraîcheur nouvelle dans la manière de l’aborder.

Chaque semaine, il partage d’ailleurs sa passion sur Instagram (@elio_grn) à travers son format « 1 semaine, 1 marque », dans lequel il invite collectionneurs et amateurs à (re)découvrir une maison horlogère, qu’elle soit mythique ou parfois tombée dans l’oubli. Rencontre avec l’un des experts les plus prometteurs de la nouvelle génération…

Comment se porte le marché des ventes aux enchères ?

Sur le premier semestre 2026, j’ai observé un marché des ventes aux enchères particulièrement dynamique, avec de nombreux résultats dépassant les cotes habituelles, y compris sur des modèles connus et bien établis. Pour les pièces rares, difficiles à comparer ou véritablement hors marché, les prix peuvent parfois s’envoler. Un constat que partagent également de nombreux marchands, qui rencontrent de plus en plus de difficultés à sourcer aux enchères face à la montée des prix.

Quelles tendances observes-tu aujourd’hui sur le marché du vintage ?

Selon moi, le marché s’élargit de plus en plus. Dans le vintage, notamment, de moins en moins de marques sont laissées de côté : dès qu’une pièce présente un réel intérêt, les prix s’en ressentent. On observe également un nouvel engouement pour l’horlogerie « parisienne », avec des signatures comme L. Leroy, Cartier, mais aussi certaines Rolex ou Universal Genève en boîte française. Ces pièces séduisent par des designs plus audacieux, des diamètres contenus et une esthétique qui sort des grands classiques de l’horlogerie suisse.

Du côté des montres modernes, quelles sont les signatures qui tirent le mieux leur épingle du jeu ?

Pour le moderne, pas vraiment de surprise : Patek Philippe, Audemars Piguet et les horlogers indépendants restent au sommet. Je trouve en revanche le marché Rolex un peu plus difficile, avec davantage de pièces disponibles et des vendeurs parfois encore un peu rêveurs dans leurs attentes, alors que le marché a déjà connu une correction significative.

Quel est le dernier résultat qui t’a surpris aux enchères ?

Je pense notamment à cette montre L. Leroy, estimée entre 2 000 et 3 000 euros lors de notre vente de juillet dernier avec la maison Millon, qui a finalement été adjugée 17 000 euros ! Un résultat qui s’explique notamment par la présence du très recherché calibre Peseux 260, associé ici à une rare boîte en acier.

Quel est le profil des acheteurs aux enchères ?

Du côté des acheteurs, Drouot bénéficie aujourd’hui d’une audience véritablement internationale, avec de nombreuses enchères provenant notamment des États-Unis, du Japon, d’Italie ou encore d’Allemagne. J’observe également un rajeunissement des collectionneurs. Certains jeunes acheteurs n’hésitent plus, par exemple, à enchérir sur une belle montre de poche Patek Philippe Art déco, ce qui était beaucoup moins courant auparavant.

À l’inverse, quels sont aujourd’hui les segments ou les modèles qui semblent perdre de la vitesse ?

Les montres dites de « boomers » ont aujourd’hui davantage de mal à séduire les nouvelles générations de collectionneurs : les Rolex professionnelles hors Daytona, Panerai, Bell & Ross ou encore certaines Heuer vintage, par exemple.

Mais le marché est cyclique. Les Rolex Bubbleback et Prince, très prisées dans les années 1980 et 1990, ont connu une véritable traversée du désert ces vingt dernières années avant de revenir progressivement sur le devant de la scène. Leurs designs audacieux et leurs diamètres contenus correspondent justement aux goûts d’une nouvelle génération de collectionneurs.

Est-ce que toutes les gammes de prix bénéficient de ce dynamisme ?

Concernant les prix, le milieu de gamme reste, comme souvent, plus difficile à vendre. Le segment situé entre 1 500 et 2 500 euros peine davantage, tandis qu’à partir de 6 000 à 8 000 euros, le marché se montre nettement plus dynamique.

Tu es l’expert de l’une des ventes les plus excitantes de la rentrée. Quelles pièces faudra-t-il particulièrement suivre lors de ta prochaine vente chez Millon ?

Le 18 septembre prochain, chez Millon à Drouot, nous présenterons la Collection de Monsieur B., avec plusieurs pièces remarquables. Parmi les lots phares figurent notamment une très belle montre de poche L. Leroy à répétition minutes (estimation : 3 000 / 5 000), une Lange 1 Grande Date en or rose (estimation : 8 000 / 10 000€), ainsi qu’une belle sélection de montres Omega des années 1950 et 1960, conservées dans de très beaux états.

LA VENTE À NE PAS MANQUER…

Collection de Monsieur B.

Vendredi 18 septembre à 14h30 | Hôtel Drouot, salle 3

Experts : Élio Guérin & Alexis Francis-Boeuf.

Découvrir le catalogue ici.


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