À 20 ans, Manon Réa ose un pari audacieux : redonner vie à Courbelin, une maison horlogère en sommeil depuis la fin des années 1980. Le 10 juin dernier, elle a dévoilé à Paris Nouvelle Plongée, une collection de 8 montres unisexes inspirées de l’esthétique Riviera des années 1970.
En phase avec son époque, la jeune entrepreneuse surfe sur un phénomène devenu l’une des grandes tendances du marché horloger : la résurrection de marques historiques disparues ou quasi disparues. Son objectif est clair : écrire une nouvelle page de cette maison suisse avec le soutien bienveillant de son père, Romain Réa, une figure bien connue dans le monde des montres de collection et des enchères.



Courbelin, vous vous souvenez ? Fondée en Suisse dans les années 1930, cette manufacture horlogère se distingue d’abord par ses créations féminines en platine et diamants. À partir des années 1940, elle élargit son offre et développe plusieurs collections de chronographes destinées à une clientèle masculine. Dès les années 1960, Courbelin s’aventure sur le terrain des montres de plongée et innove avec un modèle conçu pour les femmes, une initiative particulièrement audacieuse à une époque où l’univers de l’horlogerie sportive demeure largement masculin. Dans les années 1970, la marque enrichit son catalogue de montres de plongée et de chronographes. Dans les années 1980, fragilisée par la crise du quartz, la manufacture disparaît du marché. Aujourd’hui, quelques rares exemplaires réapparaissent ponctuellement en salles de ventes aux enchères.
Parce qu’une manufacture horlogère fondée il y a près d’un siècle possède une histoire et une légitimité patrimoniale qu’il est impossible de créer artificiellement en quelques années, Manon Réa a choisi de revisiter l’héritage d’une marque qu’elle affectionne particulièrement. Elle l’a découverte aux côtés de son père il y a quelques années à travers une plongeuse vintage « mid-size » de la fin des années 1960. Parce qu’elles procurent un sentiment de familiarité et d’authenticité, les montres de style vintage ont vu leur désirabilité exploser ces dernières années. D’ailleurs, le marché de la nostalgie, qui inclut tous les objets faisant résonance avec une époque ou un imaginaire collectif, fonctionne particulièrement bien dans le secteur de l’horlogerie, où les notions de transmission et d’histoire occupent une place importante.
Vert spiruline, bleu lagon, bleu iceberg ou orange corail : la collection inaugurale relance un modèle culte décliné dans une palette de 8 couleurs inspirée de l’esthétique Riviera des années 1970. Baptisée Nouvelle Plongée, cette ligne unisexe affiche un boîtier de 35,5 mm doté d’un mouvement automatique Sellita. Côté savoir-faire, la marque remet notamment à l’honneur une technique aujourd’hui disparue consistant à figer les index du cadran sous une couche de résine transparente, créant un effet glossy qui évoque immédiatement l’esthétique des plongeuses vintage.



Au-delà de la montre elle-même, Courbelin accorde une attention particulière à l’origine et à la fabrication de ses accessoires. Chaque pièce est livrée dans un écrin conçu par Malakio, dont le couvercle est réalisé à partir de coquillages recyclés. Côté bracelets, la marque propose, aux côtés du caoutchouc et du cuir de vachette, un cuir marin Squama© élaboré à partir de peaux de saumon valorisées par procédé de tannage végétal « made in France ». Une démarche qui témoigne de la volonté de Courbelin de privilégier des matériaux plus responsables et des savoir-faire locaux.
Après Favre-Leuba, ou Aquastar, Courbelin parviendra-t-elle à trouver sa place auprès d’une nouvelle génération de collectionneurs ? Avec son esthétique néo-seventies et son positionnement accessible, la jeune marque possède en tout cas plusieurs arguments pour réussir son retour.




Courbelin à découvrir chez Romain Réa
Boutique Saint-Germain, 26 du Bac, 75006 Paris
Boutique Champs-Élysées, 25 rue Marboeuf, 75008 Paris
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