Le 30 mai prochain, l’Hôtel des ventes d’Avignon mettra aux enchères une pièce horlogère d’exception à la portée historique remarquable : un chronographe à rattrapante Breitling ayant appartenu à Pierre Mesnage, figure majeure de la chronométrie bisontine de l’après-guerre.
Selon une tradition orale et familiale, Pierre Mesnage aurait acquis cette montre directement auprès de Breitling à La Chaux-de-Fonds, à l’occasion d’un déplacement professionnel en 1947. Conservée par ses héritiers depuis sa disparition en 2001, cette rare pièce de collection réapparaît aujourd’hui sur le marché pour la première fois depuis son achat d’origine.


Duograph 766, un collector rare
Lancé en 1943, le modèle Duograph incarne l’une des complications les plus sophistiquées de l’horlogerie de son temps : le chronographe à rattrapante. Inventée au milieu du 19e siècle, la rattrapante permet de mesurer simultanément plusieurs temps. Particulièrement appréciée entre 1930 et 1950, cette complication connaît un véritable âge d’or et seules quelques grandes manufactures comme Breitling, Patek Philippe, Vacheron Constantin ou encore Longines maîtrisent ce type de mécanisme.
Dans les collections Breitling, la référence 766 se distingue aisément par ses trois sous-compteurs et son boîtier de 36 mm aux proportions particulièrement équilibrées. Le chronographe proposé par l’Hôtel des ventes d’Avignon porte le numéro 542760, et peut être rapproché de celui vendu par Christie’s le 27 novembre 2017 à Hong Kong, lors de la dispersion de la collection The Property of a Visionary Japanese Collector (lot 2488). Numéroté 542753, ce Duograph précédait l’exemplaire d’Avignon de seulement 7 numéros dans la production Breitling, tout en présentant une configuration de cadran plus classique. La montre vendue à Avignon se démarque par un cadran dit « mixte », associant chiffres arabes et index carrés appliqués, une variante peu courante sur le marché et particulièrement recherchée par les collectionneurs.
Pierre Mesnage, Directeur de l’École nationale supérieure de chronométrie et de micromécanique de Besançon
Normalien et physicien de formation, Pierre Mesnage est nommé, le 1ᵉʳ janvier 1942, maître de conférences à la Faculté des sciences de Besançon auprès du professeur Jules Haag, alors directeur de l’Institut de Chronométrie. Outre ses fonctions d’enseignement, il reçoit la mission d’organiser le laboratoire de l’Institut afin de développer la recherche dans le domaine chronométrique. Il y introduit notamment le couplage entre mécanique et électricité-électronique, posant ainsi les fondements des futures microtechniques.
En 1947, son nom figure parmi les membres de la Société chronométrique de France avec le titre de maître de conférences à la Faculté des sciences de Besançon. Selon les souvenirs de son fils, c’est cette même année qu’il se rend à La Chaux-de-Fonds pour acquérir un chronographe à rattrapante signé Breitling. L’année suivante, en 1948, il publie un premier essai intitulé Esquisse d’une histoire de la montre et accède par la suite au titre de professeur honoraire à l’Université de Franche-Comté. En 1952, il est également mentionné parmi les membres de la Société suisse de chronométrie.
En 1953, à la suite du décès du mathématicien Jules Haag, Pierre Mesnage lui succède à la direction de l’Institut de chronométrie et de micromécanique de Besançon. Sous son impulsion, l’enseignement évolue d’une approche strictement horlogère vers des disciplines hybrides intégrant électricité, électronique et instrumentation.


Détail du cadran et Portrait de Pierre Mesnage, réalisé en 1956 par l’artiste Franc-Comtois George Oudot (1928-2004)
Cette transformation conduit à une reconnaissance institutionnelle majeure : en 1961, l’Institut accède au rang d’école nationale supérieure d’ingénieurs et devient l’École nationale supérieure de chronométrie et de micromécanique. Figure majeure de la génération qui structura la chronométrie française de l’après-guerre jusqu’aux années 1960, Pierre Mesnage signe, en 1981, la préface de l’ouvrage La montre à quartz. Auteur de nombreux articles, il explore des domaines variés tels que la théorie des oscillateurs, la chronométrie mécanique ou encore la transition vers l’horlogerie électrique. L’ensemble de ses travaux s’inscrit dans les avancées décisives qui permirent le passage de la chronométrie traditionnelle aux microtechniques modernes.
Grand initiateur du musée de l’horlogerie de Besançon
Enfin, Pierre Mesnage demeure le grand initiateur du futur musée d’Horlogerie de Besançon. Dès 1946, il collabore avec Marie-Lucie Cornillot, surnommée « la Grande Mademoiselle », conservatrice des musées de Besançon de 1946 à 1972. Conseiller scientifique, il contribue au développement de la section horlogère du Musée de Besançon, dont les acquisitions successives lui offrent de nombreux sujets d’étude. Il en établit le catalogue, sélectionne les pièces et conçoit leur présentation : horloges, pendules et montres. En 1969, le musée consacre enfin l’une de ses galeries à cette collection d’horlogerie.
Information sur la vente :
Information sur la vente : Samedi 30 mai 2026, Hôtel des ventes d’Avignon
Breitling Duograph 766, Lot 542
Estimation : 12 000 / 18 000€ (frais de vente : 25%TTC)
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