Comme chaque année, le mois de mars s’impose comme l’un des temps forts du calendrier des amateurs de montres. À Paris, en région comme à l’échelle européenne, de nombreuses maisons de ventes ont donné rendez-vous aux collectionneurs.
Multiplication des vacations, abondance de pièces, intensité des enchères…
Pour ceux qui n’ont pu être partout à la fois, retour sur 3 montres qui méritaient particulièrement le détour.
838 500 € pour un calendrier Patek Philippe revendu par Beyer
Artcurial Beurret Bailly Widmer


838 500 €, c’est le prix record enregistré par la maison franco-suisse Artcurial Beurret Bailly Widmer pour la vente d’une montre Patek Philippe, le 13 mars dernier à Bâle.
Ce calendrier perpétuel, référence 3940, fut vendu par le détaillant suisse Beyer, plus ancien revendeur de montres au monde qui vient tout juste d’être racheté par Patek Philippe. Accompagnée d’un certificat attestant de sa vente le 14 août 1985, cette pièce avait ensuite été acquise par son actuel propriétaire lors de la vente aux enchères The Art of Patek Philippe, organisée en 1989 par la maison suisse Antiquorum à l’occasion du 150ᵉ anniversaire de la manufacture.
Lancée en 1985, la référence 3940 s’impose comme une pièce charnière dans l’histoire de Patek Philippe. Elle marque le retour des grandes complications après la crise du quartz et incarne la renaissance de la haute horlogerie « Swiss Made ». Produite jusqu’en 2006, elle devient rapidement un pilier des collections de la maison.
Les premières séries, c’est-à-dire les pièces produites entre 1985 et 1987, sont aujourd’hui les plus recherchées par les collectionneurs. Selon leur état et leur dotation, elles s’échangent généralement entre 50 000 et 70 000 € en ventes aux enchères. À titre de comparaison, il y a une quinzaine d’années, ce modèle était accessible à partir de 25 000 €. La référence 3940 a ainsi pleinement acquis son statut de pièce de collection, une cote qui n’a cessé de se renforcer avec le temps.
Si l’exemplaire présenté par Artcurial suscitait un tel engouement, c’est surtout en raison de sa rareté exceptionnelle. Il s’agit en effet d’une première génération issue d’une série très exclusive de 25 pièces, livrées au détaillant Chronométrie Beyer pour célébrer le 225e anniversaire de cette institution zurichoise. Toujours en activité, cette maison familiale fondée en 1760 est aujourd’hui dirigée par sa huitième génération. Parmi les 25 montres livrées en 1985, les 15 premières étaient dotées d’un calendrier en allemand, tandis que les 10 dernières présentaient un calendrier en anglais. La pièce proposée, numérotée 17/25, appartient donc à l’un des segments les plus rares de cette série confidentielle.
3 720€ pour une montre moderniste signée Verger Frères
Chez Côte Basque Enchères


Entre 1930 et 1933, l’atelier parisien Verger Frères, connu pour son expertise horlogère et ses conceptions techniques innovantes, réalise pour plusieurs grands joailliers de la place Vendôme toute une série de pièces modernistes. Ce style radical, directement inspiré du monde industriel, des arts mécaniques ou de l’univers de l’automobile, constitue l’une des parenthèses créatives les plus inventives de la joaillerie d’entre-deux-guerres.
C’est dans ce contexte que Verger Frères imagine cette montre-fermoir aux lignes tranchantes, directement inspirées de la calandre d’une automobile. Transposer un radiateur en bijou horloger : toute l’audace du modernisme tient dans ce geste.
Réalisée en or 18 carats, laque et onyx, la pièce intègre un ingénieux système de lames pivotantes, breveté en 1930 par Verger Frères. Ce mécanisme permet de dévoiler le cadran et d’accéder à la lecture de l’heure. Portée en clip de revers, cette montre-radiateur conjugue puissance graphique et sophistication technique : sous une apparente rigueur industrielle se dissimule une mécanique subtile, qui en fait toute la préciosité.
Considérée comme l’une des plus belles signatures de la période Art Déco, Verger Frères fut surnommé « le joaillier des joailliers » puisque la maison a réalisé des pièces complexes pour Boucheron, Van Cleef & Arpels, Hermès, Lacloche Frères, Tiffany & Co et tant d’autres.
Redécouverte et parfaitement valorisée par la maison Côte Basque Enchères, cette montre, vendue 3 720 € le 14 mars dernier (lot 729), ornait une pochette de soirée en lézard.
50 398€ pour une rare Cartier « Reverso »
Chez Millon


Au début des années 1970, Cartier insuffle un nouvel élan créatif à ses collections horlogères, revisitant avec audace l’un de ses terrains de prédilection : les montres de forme. Si des modèles comme Cristallor, Gondolo ou Fabergé comptent parmi les icônes de cette production, c’est une pièce bien plus technique qui a retenu l’attention lors de la vente organisée à Paris par Millon le 17 mars dernier.
Il s’agit d’une rare montre Tank à double face, surnommée « Cartier Reverso » par les collectionneurs, en référence à son ingénieux système réversible. La particularité de l’exemplaire présenté résidait dans son cadran noir à écriture gilt, une configuration extrêmement peu courante. Les rares pièces réapparues sur le marché étant, pour la plupart, dotées de cadrans blancs ou champagne.
Vendue 50 398 €, cette montre de collection a littéralement pulvérisé son estimation initiale de 10 000 à 15 000 €, confirmant l’engouement croissant pour ces modèles atypiques et hautement techniques.
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